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Chantier de construction en cours sous un ciel d’orage, grues et échafaudages au-dessus de barres d’acier rouillées

Beaucoup de domaines ont évolué ou évoluent, certains pensent que ce sont des catastrophes, d’autres le voient comme des opportunités.

Ces évolutions peuvent survenir suite au développement de nouvelles technologies ou encore sous la contrainte d’événements fortuits, voire de catastrophes.

Parmi les domaines qui ont vu leur environnement évoluer, citons sans hiérarchie et de façon non exhaustive : la littérature, le cinéma, la gestion administrative, le commerce, la santé, l’application du droit, les déplacements… et tant d’autres !

Tel que le titre de cet article l’annonce, le bâtiment n’y échappe pas.

Voyons les principaux changements qui, d’une manière ou d’une autre, avec plus ou moins de force, vont l’impacter.

Le climat

Silhouette d’un homme à la frontière entre une terre craquelée par la sécheresse et une prairie verte
Le climat bascule : d’un côté les terres arides des extrêmes, de l’autre un habitat encore habitable. Le choix nous appartient.

Les conditions climatiques évoluent, passant de moyennes relativement stables à des extrêmes de plus en plus forts.

Ceci se vérifie au niveau des températures, avec des canicules de plus en plus nombreuses, de plus en plus fréquentes, de plus intenses, de plus en plus longues, entraînant des surmortalités.

Nous le constatons également au niveau de la pluviométrie, avec des périodes de sécheresses de plus en plus longues et fréquentes qui alternent avec des précipitations extrêmement importantes et concentrées, tant géographiquement qu’en termes de durée ou de fréquence. Toujours au plan climatique, des vents violents de type tornade, des chutes de grêle très importantes avec, parfois, de très gros grêlons.

Bases nouvelles

Les extrêmes sur le plan thermiques vont alterner, tant vers le haut que vers le bas. Ils vont être relativement fréquents, probablement de plus en plus intenses, avec des écarts de plus en plus importants.

Ce qui est vrai des températures le sera aussi de phénomènes divers tels que des alternances entre des trombes d’eau à certains moments et des périodes de sécheresse longues à d’autres moments.

Les hivers, devenus de plus en plus « tempérés » nous font croire que les possibles vagues de grand froid sont révolues. Elles le sont… apparemment mais certainement pas définitivement ! Nous en serons d’autant plus surpris le jour où nous y serons confrontés ! Nous avons cru pouvoir construire dans des zones inondables, grave erreur ! Les crues dites centennales sont tellement importantes que le jour où elles se produisent on constate à quel point nos protections et prévisions de gestion en amont des villes sont… dérisoires face à l’ampleur des flots à gérer. Nos voisins espagnols l’ont malheureusement connu récemment à Valence et nous serions bien inspirés de nous souvenir de la crue centennale à Paris en 1910.

Photographie ancienne de la crue centennale de la Seine à Paris en janvier 1910, une barque sur une rue inondée, la Tour Eiffel au fond
La crue centennale de la Seine à Paris, en janvier 1910. Nous ne sommes pas immunisés.

L’exploitabilité de l’habitat

Les canicules provoquent des retraits de pièces de charpente ou de parquet qui peuvent aller jusqu’à des déboîtements de lames, elles accentuent les éclatements de pièces en bois.

Villa en haut d’une dune protégée par un mur d’enrochement graffité, pancarte danger accès interdit, plage érodée
Le recul du trait de côte n’est plus une hypothèse : certaines maisons en bord de mer sont déjà condamnées.

Elles sont la cause principale des phénomènes de Retrait et Gonflement des couches d’Argile (RGA).

Si des bâtis ont été mal conçus ou isolés thermiquement avec des matériaux inadaptés ils peuvent être la cause d’inconforts très importants et difficiles à corriger. Les vagues de pluie intense peuvent provoquer des débordements des inondations, tant du fait de cours d’eau proches que de la topographie des lieux avec des bassins versants insoupçonnés ou insuffisamment gérés préventivement.

Elles peuvent aussi provoquer des glissements de terrain. Les reculs du trait de côte ne sont plus contestés, pas plus que la montée des mers et océans qui, lentement mais inexorablement, rendent petit à petit certains habitats inexploitables, voire en provoquent la submersion ou l’effondrement.

Des vagues de submersion ont déjà provoqué des catastrophes chez nous et, possiblement, en provoqueront encore.

Les tornades sont de plus en plus courantes et peuvent frapper n’importe où, ce sont les catastrophes les moins prévisibles.

L’entretien, les aménagements

Il devient plus difficile de trouver un chauffagiste ou un véritable spécialiste poseur d’isolation qu’un thermicien ou un ingénieur structure… Est-ce à dire qu’un thermicien ou un ingénieur structure seraient inutiles ? Sûrement pas, chacun est utile, mais force est de constater que les théoriciens qui nous parlent de renouvellement d’air sont plus nombreux que les véritables ventilistes en capacité de gérer l’installation de A à Z d’un système adéquat et d’imposer à d’autres intervenants sur le chantier ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire et qui pourrait impacter ce système si important pour la gestion de l’air dans nos habitats actuels.

On peut penser que cette situation est liée à l’apparition assez récente de ces professionnels… c’est un peu vrai et c’est d’autant plus regrettable que nous le savons de mieux en mieux, tout le monde touche ou « bricole » de ou dans l’isolation et qu’il en va de même avec le renouvellement d’air. Or ces deux spécialités sont prépondérantes pour le confort et la salubrité des habitats.

Plans d’architecte, mètre ruban et niveau posés sur une table devant un salon en cours de rénovation
Aménagements et travaux : la qualité dépend du vrai professionnel qui pilote le chantier.

Il faut bien sûr des théoriciens, des contrôleurs… mais le manque criant de vrais bons professionnels, d’opérateurs sur le chantier, devient grave et une cause importante de désordres.

Il est très surprenant de constater à quel point des solutions proposées nous sont présentées comme étant simples à mettre en œuvre sous prétexte que tout aurait été prévu en amont, avec des systèmes « intelligents », pré-réglés et pensés, le tout avec un objectif d’hyper-performance… Et qu’il ne soit jamais prévu de « former » les utilisateurs à leur bon emploi ! Les matériaux anciens, adaptés aux bâtis anciens, ne sont plus ou pas assez mis en avant dans les écoles du bâtiment… trop complexes, trop « ringards », trop « spécialisés » ou destinés à des situations spécifiques, à mettre en œuvre selon des dosages très variables d’un cas à un autre… On leur préfère des matériaux développés pour le neuf.

Dommage, les matériaux anciens leur sont tellement bien adaptés. Ceci est généralement vrai pour les habitats d’avant les années 1950.

L’immense majorité des centres villes, grandes ou petites, datent de ces époques et sont donc concernés, sans oublier une grande partie de l’habitat diffus. Est-il correct de leur imposer l’emploi de matériaux récents ou « modernes » conçus pour des habitats beaucoup plus récents et selon des normes et des comportements totalement différents ? Clairement non, non seulement les objectifs sont rarement atteints mais, en plus, ces incompatibilités peuvent aller jusqu’à des effets délétères tant pour les bâtis que pour leurs occupants.

La compatibilité des systèmes prise à défaut…

La compatibilité défaillante, voire l’incompatibilité totale, sont parfois voilées par des performances présentées, peut-être, probablement véritables en laboratoire, mais qui s’avèrent parfois largement absentes ou à tout le moins surévaluées dans la réalité de la mise en œuvre et de l’exploitation à suivre.

Les tests sont réalisés en amont selon des protocoles qui permettent de comparer les produits similaires entre eux en conditions similaires de test… mais ces protocoles, peut-être pertinents pour les constructions neuves (et cela demeure souvent à prouver), le sont-ils aussi pour des mises en œuvre dans des habitats anciens ?

… la performance qui voile les incompatibilités

On voile les incompatibilités, on les cache presque derrière l’écran de fumée de la performance… Mais cette performance dont on a vu qu’elle est souvent très contestable dans la réalité de l’exploitation de l’habitat s’atteint souvent grâce à des complexités de réglage, d’adaptation au bâtiment ancien ou à ses contraintes.

Taches de moisissures noires sur un mur intérieur au-dessus d’une fenêtre, symptôme d’une ventilation insuffisante
Moisissures au-dessus d’une fenêtre : le symptôme classique d’une incompatibilité entre isolation et renouvellement d’air.

Ces complexités engendrent des charges mentales imprévues, auxquelles les utilisateurs n’ont pas été préparés et… ces systèmes complexes deviennent, au mieux, exploités bien en deçà de ce qui a été calculé via un tableur ou selon des protocoles précis et, au pire, deviennent bien vite des éléphants blancs inutilisés.

L’économie

Très souvent, pour ne pas dire « le plus souvent », ces aménagements ou améliorations escomptées s’avèrent n’apporter que très peu de ce qui était promis, voire, si on dépasse les constats simples, s’avèrent être contreproductifs car générant des effets secondaires délétères.

Combien d’installations demeurent non amortissables car les coûts d’installation et d’entretien demeurent supérieurs au cumul des économies générées annuellement grâce aux gains de leur mise en route jusqu’à leur fin de vie ! Le constat est alors sans appel : le bénéfice supposé initialement s’avère, in fine, être une perte ! Si vous ne vous êtes jamais intéressé à l’amortissement d’une installation ou d’une transformation visant à permettre des économies lors de l’exploitation, si vous ne connaissez pas notre concept du DELTA (acronyme), suivez en le lien. Vous ne préconiserez, n’opèrerez plus jamais vos choix sans l’appliquer !

Les ressources, les gaz à effet de serre

Il en va de même des ressources et des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Est-il normal d’adopter un système qui consommera plus de ressources, minérales ou autres, qu’il ne permettra jamais d’en économiser avant sa fin de vie et son inévitable remplacement ? De même, est-il normal d’adopter un système qui polluera plus, entre autres en termes d’émission de GES alors qu’il en émettra plus qu’il ne permettra jamais d’en éviter ? À ces deux questions la réponse est bien évidemment NON… sauf des raisons majeures qui justifieraient de passer outre !

Panache de fumée d’une cheminée d’usine dessinant les lettres CO2 dans un ciel bleu
Les émissions de gaz à effet de serre : un système qui pollue plus qu’il n’en évite n’a pas de sens.

Les déplacements

Il peut sembler bizarre de mettre cette rubrique déplacement dans une approche sur le devenir du bâtiment, des habitats plus particulièrement. Et pourtant, la majorité de nos déplacements ont pour point de départ et/ou point de retour… notre résidence principale, celle où l’on dort le plus souvent.

Embouteillage sur l’autoroute A7 pendant une période de départ en vacances, panneau lumineux de parking
Nos déplacements rayonnent depuis notre résidence principale : sa localisation pèse sur chaque kilomètre parcouru.

En fait, si nous imaginons nos déplacements comme les pétales d’une marguerite, le point d’accroche, de départ et de retour, se situe au cœur de la marguerite et, à l’autre extrémité des pétales on trouve les destinations. Nos déplacements s’opèrent depuis l’habitat vers les centres d’intérêt parmi lesquels nous trouvons :

  • le ou les lieux de travail
  • les lieux de divertissement (sport, club… les nôtres et ceux des autres membres de la famille)
  • les lieux de réalisation des courses
  • L’école ou les écoles des enfants
  • Les lieux de relation sociale
  • …

Il apparaît d’emblée que la situation de la résidence principale (vidéo), selon sa position par rapport aux autres lieux, engendrera plus ou moins de distance parcourue pour les déplacements. La localisation de l’habitat est donc prépondérante !

La politique et la géopolitique

Tel qu’Abraham Maslow l’a théorisé et illustré au travers de sa pyramide dite « pyramide des besoins », tout homme, toute femme, tout enfant, toute personne âgée, quelqu’en soit le niveau, l’état ou le statut, a droit, a minima, à la satisfaction de ses besoins primaires.

Donc si tout humain a droit à la satisfaction de ses besoins primaires, il est effectivement nécessaire que les responsables de la cité, les dirigeants politiques, les penseurs de la société, bref que tout humain en capacité d’influencer les orientations politiques y consacre son énergie… sans oublier bien sûr que la vie ne se limite pas aux seuls besoins de l’humanité tant elle fait partie intégrante du grand complexe de la vie.

Or, que trouve-t-on au premier niveau de cette pyramide ? Les besoins physiologiques, parmi lesquels : « Respiration, hydratation, alimentation, sommeil et excrétion ».

Besoins primaires du premier niveau

La respiration fait partie des besoins de rang 1. Ce besoin ne peut être satisfait que si l’air qui est respiré est sain, non pollué par des COV ou CIOV, non surchargé par des micro ou macro particules, non saturé de vapeur d’eau et dont la teneur en CO2 ne dépasse pas les niveaux maxi fixés par l’OMS !

Le sommeil se situe aussi au rang 1. Il est d’autant plus possible, paisible et pleinement réparateur… qu’il est vécu dans un milieu sécurisé, à l’abri des agressions et perturbations extérieures.

Pyramide des besoins de Maslow en cinq niveaux, des besoins physiologiques à l’auto-actualisation
La pyramide des besoins de Maslow : tout commence par les besoins physiologiques, dont l’air sain et le sommeil.

L’homéostasie, elle aussi de niveau 1, est moins connue, il s’agit du maintien d’un équilibre général propre au maintien de la vie et plus spécifiquement elle doit permettre la stabilisation de notre température corporelle à 37°C (nécessaire et primordial pour les animaux à sang chaud (les endothermes ou homéothermes). Ceci est assuré principalement par la thermogénèse (dit aussi la thermorégulation) et la thermolyse (s’applique particulièrement dans ce cas d’espèce au changement d’état de l’eau évaporée lors de notre respiration et de notre transpiration).

L’excrétion est le 4e besoin de rang 1… il s’agit pour nous de pouvoir uriner et déféquer et de nous nettoyer des sécrétions cutanées, dit autrement, faire sa toilette.

Besoin primaire du second niveau

La santé apparaît au second niveau. Si elle n’est pas un besoin absolu pour vivre, elle permet au moins de vivre mieux. Dans le bâtiment on l’associe généralement à la salubrité, une des causes possibles de dégradation de la santé.

A quoi pensent nos dirigeants et décideurs, très globalement : le législateur

On désigne sous ce vocable général de législateur tout acteur participant à l’élaboration des lois, ces textes qui régissent nos vies. On y trouve ceux qui les proposent, à savoir le gouvernement et les parlementaires. Les lois sont ensuite votées par les députés et les sénateurs, elles sont promulguées par le président de la République. Enfin le conseil constitutionnel peut les invalider.

Hémicycle de l’Assemblée nationale pendant une séance publique
Le législateur : ses choix façonnent nos habitats. Les besoins primaires y trouvent-ils leur place ?

La pyramide de Maslow est-elle la base de réflexion du législateur ?

Les besoins primaires sont-ils une des bases principales de réflexion du législateur ?

Je veux le croire, hélas parfois j’en doute !

Cependant nous avons le pouvoir de nous rappeler à nos élus…

Conclusion

Nous venons de dresser un bilan peu réjouissant de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Cette situation est-elle désespérée ?

NON elle n’est pas désespérée, certes nous aurions pu nous la faire plus facile, plus simple… nous ne l’avons pas fait !

Donc situation difficile ? Oui ! Situation délicate ? Oui, c’est sûr… Mais comme nous l’a soufflé Jacques Attali : « Nous entrons dans un monde de chaos. Il faut se préparer, le chaos peut être une formidable occasion de réussir ! »

Alors ne nous laissons pas entraîner vers l’inaction, vers la poursuite d’un paradigme dépassé, mort !

Nous vous proposons, à suivre, une réflexion sur ce que pourrait être un projet pour tendre vers une formidable occasion de réussir …

Pour aller plus loin

Claude Lefrançois


Après 30 ans dans le bâtiment, ancien charpentier, ancien constructeur, ancien maître d’œuvre, formateur dans le bâtiment, expert en analyse des bâtis anciens avant travaux, auteur de nombreux articles et d’un livre “Maison écologique : construire ou rénover” aux Ed. Terre vivante, auteur de 2 ebooks disponibles sur mon blog, je suis désormais retraité.
Je mets mon temps disponible et ma liberté d’expression à votre service : j’observe et j’analyse, au besoin je dénonce ou émet des idées.
Bonne lecture.

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