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  • Rénovation énergétique, les bases de son inefficacité
Un homme médite devant un graphique de performance en baisse affiché au mur de son bureau

Nous souhaitons tous bénéficier des technologies, des matériaux, des systèmes les plus performants pour améliorer nos habitats.
Beaucoup d’entre nous souhaitent avoir des preuves sur lesquelles s’appuyer pour décider de façon éclairée, ne disons-nous pas « un homme averti en vaut deux ».
Forts de cette aspiration, la demande est grande de disposer de moyens d’évaluations aux fins de comparaison pour être avisé aux fins de disposer d’un maximum d’informations en vue d’une prise de décision avisée… tout est en ordre.
La boucle est ainsi bouclée, d’abord les infos pour se faire un avis éclairé et, in fine, la prise d’une décision avisée !
Logique, imparable, approche cartésienne diront certains. Offrons nous un petit aparté, qui est René Descartes : mathématicien, physicien et philosophe français, considéré comme l’un des initiateurs de la philosophie moderne selon beaucoup qui, si on résume sa pensée, voulait que tout puisse être expliqué, démontré et qui, pour autant, croyait en la puissance d’un Dieu infini et parfait…
Or existe-t-il quelque chose de plus indémontrable, où le doute est le plus répandu que l’existence même de Dieu… D’où une question que je me pose souvent « Descartes était-il cartésien ? ».

Ce que nous allons aborder dans cet article est heureusement plus facile à décrypter que l’existence de Dieu : comment la réponse à une aspiration, aussi juste qu’elle soit, peut-elle, in fine, se conclure par une inefficacité aussi remarquable que sa promesse ?
Je pense, j’espère, que ce que j’évalue ci-après comme étant une supercherie s’est organisée au corps défendant de celles et ceux qui l’ont pensée et mise en place.

La genèse du concept

Dès les années 1960-1970 les moyens financiers des européens de l’ouest ont évolué positivement, ils aspirent à vivre dans des habitats de plus en plus confortables.
Les besoins primaires sont pourvus de plus en plus sûrement, les aspirations à l’amélioration du confort thermique et à la salubrité des habitats deviennent de plus en plus légitimes.
Les chercheurs s’emparent de cette aspiration de leurs concitoyens, les industriels le comprennent et les soumettent à leurs bureaux d’études afin d’y répondre.
Des innovations techniques apparaissent, de nouvelles techniques constructives se font jour, des équipements font leur apparition… Tous plus efficaces, rapides, sûrs et durables selon leurs initiateurs !
J’ai le souvenir d’une publicité pour les pavillons en béton d’un constructeur qui expliquait combien ses murs étaient solides en mettant en scène un éléphant qui essayait d’en arracher des pans… L’imagination est sans limite !
Il a fallu légiférer pour mettre un peu d’ordre dans les méthodes constructives et dans les intégrations de matériels ou matériaux dans l’art de bâtir. L’aboutissement de la recherche de clarification aux fins de protéger les maîtres d’ouvrage est la promulgation de la loi du 4 janvier 1978, dite « loi Spinetta », qui instaure, entre autres, la garantie décennale.

Les attentes des utilisateurs… et des vendeurs, prescripteurs ou installateurs

Les bénéficiaires des travaux, des équipements, aspirent à comprendre ce qu’on leur vend. Les actuaires des compagnies d’assurance ont besoin de chiffres fiables pour calculer la probabilité de survenue d’un risque qu’elles couvrent et la portée financière de la réparation pour en calculer le montant de prime qu’il faudra appliquer dans la police d’assurance.
Les experts divers, sollicités tant par les plaignants que pour la défense des « mis en cause » ont besoin de bases bien définies pour déterminer la part de responsabilité imputable à une partie ou à l’autre, ce qui, le cas échéant, permettra au juge de rendre son verdict.

L’aspiration à des bases sûres

Faute d’une définition précise des performances qui doivent être, a minima, atteintes, il ne sera pas possible pour les uns et les autres de trancher et, surtout, in fine et si besoin, au juge de trancher.
Les bases qui encadrent les performances à atteindre, les conditions d’exploitation garanties, doivent être incontestables faute de quoi le litige éventuel est insoluble et il sera quasiment impossible de déterminer qui devra en assurer le coût de réparation.

Les fondements de l’approche

Pour que les évaluations soient sûres, il faut qu’elles portent sur des bases connues, stables et reproductibles.

Une équipe avec casques audio analyse ensemble des données affichées sur un écran
Devrait-on se baser sur les conditions réelles d’emploi et d’utilisation ?

Devrait-on se baser sur les conditions réelles d’emploi et d’utilisation ?

Du fait de la diversité et de la variété des critères à prendre en considération, compte tenu de la variété des sols, des topographies, des architectures des bâtis, des conditions climatiques des lieux d’édification, des diversités de matériaux utilisés pour l’édification des biens, de l’état des biens, de leur vétusté, il est impossible d’en imaginer une universalité incontestable.
En effet, comment, selon les critères précédents, évaluer la performance minimale que l’on pourra attendre d’une réalisation ou quelle pourrait en être la durabilité.
Même une approche sur des objectifs moyens est difficile à imaginer et donc à déterminer et appliquer.
Face à ces obligations sous un aspect et les impossibilités sous un autre angle, il a fallu arbitrer et déterminer des conditions acceptables par tous.

Des bases physiques… simples et compréhensibles

La solution retenue a été de définir les conditions de mise en œuvre (préparation, fixation, épaisseur, état de surface du support, méthodes de mise en œuvre…). Elles sont théoriques et, afin de pouvoir en contrôler les impacts et ce qu’on peut en attendre, il a été imposé que ces conditions soient reproductibles et puissent être maintenues dans des milieux facilement contrôlables… en bref, des « conditions de laboratoire ».

La mise en équation de ces bases physiques

Donc, arbitrairement, on détermine les conditions d’essai et de contrôle et on les reproduit en laboratoire.
Sont-elles identiques aux conditions réelles d’emploi ? Non, impossible du fait des diversités énumérées ci-avant auxquelles il convient d’ajouter les utilisations des occupants… forcément variées tant les aspirations en termes de confort et d’utilisation peuvent être différentes d’un individu à un autre.

Recherche d’une performance maximale… ou moyenne ?

L’utilisateur dira « une performance plausible ! »… Hélas nous venons de le voir, ce n’est pas possible à atteindre faute de pouvoir en déterminer les critères de base ou les conditions d’utilisation à retenir.
Si les utilisateurs avaient été consultés ils auraient probablement demandé l’application de bases théoriques les plus proches possible des conditions réelles d’exploitation mais… Ce sont généralement plutôt les professionnels, plus précisément les fabricants, qui sont consultés, voire qui délèguent la défense de leurs intérêts à leurs lobbyistes.
Or pour un fabricant, plus le produit proposé « brille » plus il a de chance de le voir choisi par un acheteur. Donc les conditions de test et contrôle retenues sont plutôt celles qui font briller les produits testés, voire, si c’est possible, qui font briller leur produit, selon ses propres qualités, plutôt que celui de la concurrence… et là, c’est souvent une question de puissance de lobbyisme !

Aparté : Nous sommes ici un peu dans les mêmes conditions que la détermination de la consommation théorique d’un véhicule. On le sait tous, ce qui est annoncé est inatteignable, on parle de « consommation selon WLTP » (dites pour du carburant liquide « protocole WLTP ») et on sait que, au mieux et selon les normes en question, on pourra comparer la consommation théorique d’un véhicule à la consommation théorique d’un autre, dans les deux cas selon le protocole retenu

La performance maximale

Vous l’aurez compris : PERFORMANCE MAXIMALE !
Par exemple, pour mesurer les capacités, la conductibilité (vidéo) d’un isolant en terme de lambda, donc l’estimation de sa conductibilité, on fait les essais sous contrôle du taux d’humidité dans l’isolant, conditions très variables dans le cadre d’une exploitation réelle, dépendant grandement de la qualité de mise en œuvre, de la progressivité de perméance réelle de la paroi vis-à-vis de la vapeur d’eau, donc de la présence d’un pare-vapeur et la qualité de sa mise en œuvre, du choix de la valeur Sd de ce pare-vapeur en fonction de celles de la paroi vers la face extérieure.
Certaines conditions climatiques, selon les mises en œuvre évoqués ci-avant, peuvent avoir une influence importante sur la performance réelle d’un isolant fibreux (vidéo).

Une seule valeur alors que plusieurs seraient à considérer

Un autre exemple avec l’isolation, le critère N°1 retenu pour définir l’épaisseur d’isolant à mettre en place pour l’hiver est le lambda.
Or si le choix des besoins pour l’hiver a pu se justifier dans le passé, aujourd’hui c’est plutôt l’été qu’il faudrait choisir pour étalonner l’isolation. Par ailleurs, d’autres qualités sont essentielles pour valider le choix du type d’isolant, notamment le déphasage (vidéo), l’effusivité et la diffusivité.

Un moindre coût et une moindre complexité

Parmi les critères souvent mis en avant dans les approches commerciales : un coût peu élevé et une facilité de mise en œuvre. Selon nous, il serait préférable que les critères de choix soient la robustesse de la solution ou du système adoptés, le confort et la salubrité obtenus, la pérennité de l’ouvrage, la pertinence du choix selon le DELTA de la solution…

Les déviances de l’approche

Croire que la technologie a réponse à tout est, en soi, une erreur… même si elle apporte généralement une solution qui, heureusement, peut améliorer les choses.
Pour faire confiance nous devons être convaincus et quoi de mieux pour convaincre que de s’appuyer sur des arguments qui… ne démontrent parfois rien. Un bel exemple : les isolants minces, aluminisés, soi-disant développés par la NASA ou utilisés dans l’aéronautique (ce qui est peut-être vrai)… mais quels communs besoins entre un avion qui doit limiter son poids, lié au poids des matériaux ou sa traînée, liée à son dessin et à ses formes ? Quelle commune nécessité : pour un avion plutôt consommer un peu plus de carburant que transporter moins de passagers…

Un brancard de secours CombiCarrier II sorti d’un véhicule d’intervention
La performance est basée sur une certitude des conditions de l’évaluation

La performance est basée sur une certitude des conditions de l’évaluation

De plus, comme nous l’avons déjà abordé ici, la performance s’appuie sur des bases simples : le meilleur résultat possible sur la base des contraintes moyennes prévisibles et prévues !

Les bases sont… toutes choses étant égales par ailleurs

Dès lors que l’on se base sur des moyennes, la tentation est grande d’en faire des « normales ». C’est là le début d’une erreur importante, il n’existe de « normal » que ce qui est admis comme l’étant, ce qui devient, assez rapidement, une convention… et lorsque l’on se dote d’une assurance pensée comme devant être universelle, forcément la tentation est grande de considérer que les conditions générales d’application de la garantie doivent pouvoir trouver leurs assises dans des normes parfaitement connues, définies et… stables à la fois dans le temps mais aussi face aux entretiens nécessaires.
Les conditions climatiques qui deviennent imprévisibles et, d’ores et déjà, ne s’inscrivent pas dans les conditions « normales » d’exploitation : extrêmes de température d’été hors contrôle, extrêmes en ce qui concerne des épisodes de pluie, soit trop intenses et générant possiblement des crues, soit des carences longues de pluie, entraînant des retraits d’argile, lesquels ne sont pas facilement réversibles sur le plan physique.
Nous ne pouvons pas, nous ne pouvons plus nous appuyer sur ces bases… qui sont pour le moins très fluctuantes et ce, de façon imprévisible.

Que reste-t-il « d’égal » ?

Il ne reste plus guère que le conventionnel et le normatif.
Le conventionnel, tel que nous venons de le voir, demande, à tout le moins, à être réévalué, faute de quoi rien ne tient plus… sauf à miser sur un retour naturel à la situation initiale qui, malheureusement est fort improbable, pour ne pas dire impossible avant des décennies, probablement des siècles, pour ce qui relève du climat et, pour ce qui est des ressources, attendu que rien ne se crée ni rien ne se perd, il est impossible que nous retrouvions un jour des disponibilités illimitées tel que nous l’avons cru ou, en tout cas, tel que nous l’avons considéré.

Les conséquences des erreurs d’approche

Nous avons voulu considérer les contraintes générales du bâtiment comme relevant de situations connues, maîtrisées, stables et durablement établies… nous nous sommes trompés, nos dirigeants n’ont pas mieux que nous pris conscience des réalités, ils ont suivi les lobbyistes des industriels qui, eux, probablement en conscience, les ont, nous ont convaincus dans les orientations d’amélioration énergétique et… nous avons adoré les suivre dans notre quête irraisonnée du « toujours plus » de bonheur ! Nous sommes passés à côté de la seule question que nous aurions dû nous poser : c’est quoi le bonheur ?

Conclusion

Nous avons couru vers des objectifs correspondant à des « réalités » issues de laboratoire et sorties des recherches des physiciens anciens. Nous en avons fait des objectifs d’aujourd’hui.
Or, tel que nous l’avons développé ci-avant, ces « réalités » ayant été puisées dans des rêves nés au sein de laboratoires ou de Bureaux d’Etudes, lesquels ne s’appuyaient pas sur les réalités du terrain, pas plus de ceux des lieux d’implantation que de l’évolution du climat, des modes d’exploitation, plus nous sortons des « conditions théoriques », plus nous nous enterrons !

Les bases n’étant pas celles de la vie courante, elles ne promettent que ce qui se passe au sein du laboratoire

Même dans le neuf, pire peut-être, même en suivant à la lettre (en tout cas nous l’espérons) ce qui était prescrit, les résultats espérés n’ont pas toujours été atteints… très loin s’en faut !

… Hélas les bases de l’exploitation réelle ne sont pas les mêmes !

Et attendu que les conditions d’exploitation sont très différentes de celles prises comme base de réflexion, les résultats sont encore plus loin des objectifs dans l’ancien qu’ils ne le sont dans le neuf.

Des décennies de résultats non conformes aux prévisions !

Depuis plus de 30 ans, je me consacre au bâtiment, à l’habitat et je participe à la recherche de solutions efficaces, pérennes, durables, respectueuses de l’environnement en général, de celui des habitants en particulier et je constate à quel point nous sommes passés à côté du sujet… Nous pouvons encore redresser la barre, cependant plus nous le ferons tardivement, plus les conditions climatiques se seront dégradées, plus les habitats auront souffert et plus les ressources nous manqueront !

Pour aller plus loin

Claude Lefrançois


Après 30 ans dans le bâtiment, ancien charpentier, ancien constructeur, ancien maître d’œuvre, formateur dans le bâtiment, expert en analyse des bâtis anciens avant travaux, auteur de nombreux articles et d’un livre “Maison écologique : construire ou rénover” aux Ed. Terre vivante, auteur de 2 ebooks disponibles sur mon blog, je suis désormais retraité.
Je mets mon temps disponible et ma liberté d’expression à votre service : j’observe et j’analyse, au besoin je dénonce ou émet des idées.
Bonne lecture.

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