Lors de travaux de mise ou de remise à niveau correct des bâtiments sur le plan énergétique, pensons-nous aux impacts environnementaux de ces aménagements ?

Non, nous n’avons pas cette sagesse. Nous isolons au maximum, sans prendre en considération autre chose que notre obsession des résistances thermiques R maximales. Nous en oublions la pérennité des ouvrages, leur salubrité et, surtout, que l’objectif de ceux qui commanditent ces travaux est d’atteindre le meilleur confort possible.

Aucune réflexion sur les débauches de moyens mis en œuvre ni sur les impacts climatiques et environnementaux n’est réalisée.

C’est tout simplement notre avenir que nous jouons. Il faut rapidement retrouver une forme de sagesse et changer de paradigme

Préalable

Depuis toujours, pour avoir chaud l’hiver dans son habitat, l’homme se chauffe. De nombreux exemples apportent la preuve qu’ils avaient compris beaucoup des principes qui prévalent pour le ressenti de confort.

Un exemple à méditer !

Beaucoup se posent la question des conditions de vie dans les châteaux forts au moyen âge.

Certes il fallait y entretenir des feux monumentaux. Cependant, si de nos jours les parois sont brutes de pierre, il n’en n’était pas ainsi à l’époque. Des tentures et des tapisseries recouvraient les murs, ralentissant ainsi la convection.

Ils faisaient encore mieux au plan du rayonnement. Du fait de leur composition, sous l’effet de la diffusivité, et compte tenu de la masse de matériaux et de la chaleur spécifique des éléments, les parois nues captent les calories. Les lambdas des pierres et des mortiers des murs sont très médiocres. Le transfert des calories vers la partie froide est donc rapide.

L’émissivité de la pierre apparente est de très mauvais niveau. La pierre capte le rayonnement infrarouge et transforme ainsi l’énergie lumineuse émise en calories captées, lesquelles sont ainsi moins profitables pour les occupants.

Les tentures diminuaient considérablement ces désagréments

Anecdote

Nous avons eu le témoignage d’un architecte qui nous a rapporté le cas d’une bâtisse sise dans le Mâconnais.

Les acteurs en charge de sa rénovation étaient très intrigués par la présence, vers le haut des murs, de sortes de crochets, alignés et répartis le long des murs. Ils ont alors essayé de comprendre et commencé des recherches. Ils ont découvert 2 tableaux d’une même pièce de l’ouvrage, un peint l’hiver, l’autre l’été.

Sur le tableau peint l’hiver, les murs apparaissaient couverts de panneaux de bois. Sur le tableau peint peint l’été, ils apparaissaient bruts de pierre apparente ! 

Les principes des traitements thermiques d’hiver et d’été avaient été découverts et maîtrisés il y a de nombreux siècles !

Le nouveau paradigme devrait avoir pour objectifs :

  • de ne plus accentuer le dérèglement climatique
  • de ne pas mobiliser de façon déraisonnable des ressources et de l’énergie pour réaliser des travaux ou installer des systèmes visant exclusivement à limiter les consommations d’énergie à l’exploitation et au chauffage des bâtiments. 

Le paradigme que nous préférerions

Inspirons-nous  de la maîtrise empirique des phénomènes, de leur traitement avec des moyens simples mais efficaces.

Puisque nous avons la chance d’avoir progressé dans les connaissances des lois physiques qui régissent la thermie du bâtiment et que, de même, nous avons progressé dans la mise au point de matériaux, de techniques et de concepts des éléments, nous devons aussi nous appuyer sur ces acquis récents.

Le nouveau paradigme doit s’appuyer sur 5 piliers :

  • Le confort
  • La salubrité
  • Les performances réelles
  • Les impacts environnementaux
  • L’impact climatique

Le confort

Nous l’avons beaucoup abordé ici. Il est le déclencheur N° 1 pour ceux qui veulent faire réaliser des travaux d’amélioration énergétique dans leur habitat.

L’accès au confort véritable

L’être humain n’est pas un thermomètre, en tout cas pas que ça ! Il ressent le confort selon divers critères, lesquels sont dépendants de sa physiologie :

Il est donc extrêmement important d’intégrer ces réalités dans les normes régissant la mise en œuvre de l’isolation.

La salubrité

Tout homme a besoin de conditions de vie favorables à son existence. 

Il doit disposer d’un air intérieur le moins chargé possible en Composés Organiques Volatiles (COV) et Composés Inorganiques Volatiles (CIOV).

Les isolants présentant des risques d’émanations toxiques sous l’effet d’un incendie ou d’une montée en température doivent être réservés à des usages extérieurs et encore, sous des conditions très strictes de mise  en œuvre, afin d’éviter tout risque du style de la tour Grenfell à Londres.
Afin d’être clairs à ce sujet, nous mettons dans les catégories à risques tous les isolants ignifugés avec des produits laissant émaner des vapeurs toxiques (pdf) lors de leur montée en température. Les occupants doivent être avertis des risques qu’ils leur font courir et les locaux doivent obligatoirement être équipés d’alarme incendie.

Il faut favoriser l’emploi des isolants à fortes capacité de perspirance, c’est-à-dire permettant la gestion et la migration de la vapeur d’eau. Cette capacité participe en effet à l’évacuation de la vapeur d’eau en excès dans l’habitat.

Les capacités hygroscopiques de sorption et désorption d’eau devront être annoncées. Ces qualités participent à la régulation de la teneur en vapeur d’eau de l’air intérieur. Elles sont un gage de moindres risques de condensation et de moindre développement de moisissures sujettes à l’émission de spores allergisantes.

Toute mise en œuvre d’un isolant ne disposant pas de bonnes capacités dans ces domaines doit être accompagnée de l’installation extrêmement rigoureuse de moyens mécaniques de renouvellement d’air.

Afin de limiter les risques de condensation de vapeur d’eau dans les parois, la mise en œuvre de barrières de régulation de son transit doit être couplée à la pose des isolants, ceci en conformité avec les DTU régissant ce point particulier.

Les performances réelles

Nous ne mettons pas à l’index le lambda et ce qui en découle en fonction de l’épaisseur et la résistance de la paroi, à savoir le sacro-saint R.

Cependant, attendu que non seulement d’autres aspects de l’isolation sont à prendre en compte (vidéo) mais, qu’en plus, la fiabilité des calculs et des résultats in situ sont, pour le moins, controversés, il ne faut pas leur accorder plus de valeur qu’ils n’en méritent.

La cour de cassation a entériné un jugement défavorable à l’entreprise St Gobain® dans une affaire qui l’oppose à une autre producteur d’isolants, Actis®, depuis plus de 20 ans. Il ressort de ce jugement que l’un et l’autre sont, globalement, “blanc bonnet/bonnet blanc” en terme de performance, mais en épaisseur différente. Les performances mesurées de la laine de verre ont pu, suite semble-t-il à des défauts de mise en œuvre, être jusqu’à 75 % inférieures aux valeurs annoncées !

Pour compenser les éventuelles “défaillances” des isolants du fait du lambda (probablement) instable, il faut s’appuyer sur d’autres qualités.

Ainsi, il faut absolument donner une juste place à la chaleur spécifique des matériaux, laquelle est en capacité de compenser en partie la baisse éventuelle du lambda. Il faut aussi accorder une bonne place aux capacités de perspirance des matériaux isolants ainsi qu’à leurs capacités de sorption et désorption. Ces 3 qualités permettent un recul très significatif du risque de condensation dans l’isolant, le point de rosée (condensation d’eau).

Cette eau dans l’isolant (devenue liquide) engendre un remplacement de l’air rendu captif par de l’eau liquide. Bien évidemment, le lambda s’en trouve alors très affecté.

Rappelons ici que le couplage “isolant fibreux / régulation du transit de la vapeur d’eau” doit être rendu obligatoire. Il doit être réalisé conformément aux Documents Techniques Unifiés (DTU).

En ce qui concerne le choix possible de matériaux pouvant être à la fois très performants sous certains aspects mais étanches aux flux de vapeur par ailleurs (par exemple : certains matériaux réflecteurs ou les matériaux sous vide), le couplage avec un système très performant de renouvellement d’air doit être obligatoire.

Les impacts sur le changement climatique

A l’heure du dérèglement climatique, nous ne pouvons plus ignorer les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) du fait de nos activités et de nos choix de consommateurs. L’isolation n’y échappe pas.

On lit souvent des affirmations telles que : “Cet isolant permet d’éviter x kg eq CO2 pour seulement x kg émis”. On peut trouver des équations démontrant des économies des centaines de fois supérieures aux économies réelles.

Ces argumentaires n’ont de valeur que pour ceux qui les acceptent en l’état… ; très orientés et par contre sans aucune fiabilité.

En effet, il faudrait déjà s’entendre sur les kg eq CO2 pris en compte pour ce qu’on nous annonce étant consommé. Sont-ce ceux liés à la fabrication du produit depuis l’entrée des ressources dans l’usine jusqu’au départ du produit de l’usine ? Les extractions et/ou collectes des ressources sont-elles prises en compte ? Le transport de l’usine jusqu’au chantier et les mises en œuvre ont-ils été comptabilisés ? La dépose, la collecte, le transport et le traitement en fin de vie sont-ils pris en compte ?

On ne nous le dit jamais !

Les consommations de chauffage et donc les émissions de GES à l’exploitation sont-elle prises en compte avec un objectif de maison passive ? L’objectif est-il seulement de comparer à une maison au niveau RT 2012 ? Par rapport à une température ambiante de 19° ou de … 23° ? La comparaison est-elle basée sur une maison non isolée ou sur une maison déjà dotée d’une certaine performance thermique ?

De l’origine du carbone dépendent ses impacts

Le plus important en ce qui concerne le carbone, c’est son origine.

En effet, en simplifiant à l’extrême (car il se stocke du carbone en permanence), il y a deux types de CO2, non pas en tant que molécule mais selon ses origines. Le CO2 est un élément nécessaire à la vie. Entre autres, pas de CO2, pas de végétaux; et pas de végétaux, pas de nourriture

Les arbres, par exemple, fixent du carbone en le puisant dans le CO2 présent dans l’air et en relâchent lorsqu’ils sont en fin de vie, soit lors de leur combustion, soit lors de leur dégradation. Ce cycle est dit “cycle vertueux”. On pourrait aussi le qualifier de cycle court.

Une partie du carbone présent sur terre a été piégé au Carbonifère, entre -300 et -360 millions d’années. Il est enfermé dans le sol sous forme de pétrole, gaz, charbon ou tourbe.

Le dérèglement climatique ne causera aucun tort à la terre en tant que planète. Par contre, les espèces végétales et animales vont devoir s’adapter aux nouvelles conditions climatiques qu’elle va connaître … Or, selon les théories Darwiniennes, aucune espèce animale n’est en capacité d’évoluer aussi rapidement !

Puisque c’est le carbone piégé au carbonifère qui pose problème, il doit rester rester dans le sol ! Il faut mettre en place des moyens de privilégier le CO2 issu du cercle vertueux et pénaliser celui issu du Carbonifère.

Les impacts environnementaux

Nous l’avons abordé ci-avant, notre futur dépend, au moins en partie, de nos choix et de nos actes. Certes l’isolation ne provoque, directement, qu’une faible partie des émissions de GES. Puisque sa part est très faible, il ne doit pas être bien difficile de juguler cette part des émissions.

Il faut, par tout moyen, comme déjà évoqué, privilégier les isolants vertueux sur ce plan.

Tout isolant, recyclable ou non, ou même simplement difficilement recyclable,  quelqu’en soit la cause (technique, financière ou autre), arrivera un jour en fin de vie. Il devra alors être géré. Si ces opérations n’ont pas été anticipées, elles deviendront des externalités.

Il faut donc prévoir dans la réglementation tous moyens, soit de pénaliser les isolants non ou difficilement recyclables, soit de budgéter le coût de leur traitement réel en fin de vie.

A usage équivalent, il faut favoriser les matériaux isolants dont l’analyse de cycle de vie fait apparaître une faible consommation d’énergie grise.

Nous devons aussi veiller à n’utiliser les ressources diverses à notre disposition que de telle sorte à satisfaire nos besoins sans aliéner la possibilité, pour les générations futures, de satisfaire les leurs !

Nos bons plaisir d’aujourd’hui ne doivent générer leurs galères de demain !

Conclusion

Nous avons posé ici les piliers sur lesquels nous pensons que toute nouvelle législation, toute nouvelle réglementation ou norme, prétendant à quelque titre que ce soit orienter, accompagner, ou simplement recommander la réalisation de travaux visant à une recherche de performance énergétique doit s’appuyer :

  • Le confort
  • La salubrité
  • Les performances réelles
  • L’impact climatique
  • Les impacts environnementaux

Nos souhaits

Nous avons émis des idées, lancé des pistes, nous ne prétendons pas à une quelconque exhaustivité.

Nous espérons inspirer et provoquer des envies d’aller, enfin, vers ce paradigme. Il assurera un confort correct et limitera la consommation de ressources et d’énergie.

L’approche énergétique des habitats doit être la plus pertinente possible, durable, et doit permettre une exploitation la plus confortable possible. Il est essentiel que les habitats eux-mêmes soient durables et sains.

Il devient également urgent de mettre en avant le traitement du confort l’été, au moins à égalité avec celui du confort l’hiver !

Crédits photos : Tumisu, marcelkessler, geralt, Kiwi_Lisa, prvideotv de Pixabay

Céline Dain


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