Fin d’été 2026. Nous venons de vivre des canicules avec un temps cumulé de l’ordre de 52 à 53 jours selon les sources; des records battus en durée et température, des sécheresses sévères, des ruisseaux et des rivières à sec, des tranches nucléaires arrêtées faute d’eau en quantité suffisante (étiages bas des fleuves et rivières) ou assez fraîche pour les refroidir. Le constat est là : le bâtiment change peu, les bouleversements climatiques changent beaucoup, et surtout ils changent beaucoup de choses.
Le bâtiment change peu, le climat change beaucoup
La performance demeure l’objectif affiché : meilleur rendement, toujours plus d’isolant, toujours plus d’étanchéité. Or un rendement n’existe qu’en conditions stables. Malheureusement elles ne le demeurent pas, entre autres du fait des bouleversements climatiques. Les hivers qui, depuis des décennies, nous servaient d’étalon pour décider “si, combien et” comment isoler sont de moins en moins rigoureux. A contrario, les étés, eux, s’emballent : ensoleillement plus long, plus intense, avec des nuits dont la température ne descende plus assez pour évacuer la chaleur stockée. Entre les deux, les aléas se multiplient par secteur, par lieu, par exposition : au bord de l’eau, au bord d’une forêt, en montagne entourée de minéral, chaque situation subit un climat qui lui est devenu propre et plus localisé qu’autrefois.
Ce que nous avons vu cet été
Des maisons en surchauffe. Beaucoup d’habitats ont dépassé les 35 °C à l’intérieur, y compris dans des logements réputés performants. Certains habitants se sont « auto-formés » dans l’urgence : fermer volets, rideaux, stores et persiennes, et plus particulièrement à l’ouest, au soleil couchant, là où le rayonnement entre à plat et pénètre plus facilement à l’intérieur. Au sud, les rayons frappent presque à la verticale : gênant, mais gérable. À l’ouest, c’est l’intérieur qui chauffe.
Des structures mises à l’épreuve. Les retraits et gonflements des argiles (RGA) s’amplifient avec l’alternance de sécheresses longues et de pluies concentrées : fissures, déformations, bâtis impactés, parfois pour la première fois. Le sujet est développé dans notre article sur les impacts du bouleversement climatique (lien plus bas).
Des ressources qui se raréfient. L’eau d’abord, avec des restrictions d’usage et, demain, de vraies bagarres de l’eau. L’électricité ensuite : nos centrales électriques, nucléaires comprises, fonctionnent en faisant bouillir de l’eau, et il faut les refroidir. Cet été, certaines ont dû baisser leur production ou s’arrêter : par exemple, la Garonne trop chaude à la centrale du Blayais, baisse de production puis, fort opportunément, EDF en a profité pour l’arrêter et y réaliser des maintenances courantes, sa voisine de Golfech a, elle aussi, connu un temps d’arrêt de l’une de ses tranches. A Graveline, dans le Nord, des méduses en quantité imprévue dans la Manche ont obstrué la prise d’eau du système de refroidissement, ce qui a imposé l’arrêt momentané de 3 des 4 tranches.
L’alimentation enfin : par exemple les regains ont disparu dans des zones d’élevage or il faut déjà y nourrir les animaux (comment feront les éleveurs cet hiver ?), les tomates ont doublé de prix dans certaines régions (les bourdons, souffrant de la chaleur, ont mal pollinisé), et les pommes de terre manquent d’eau et sont donc plus petites qu’à l’accoutumée.
Face à tout cela, on nous répond : électrifions, décarbonons, et climatisons. Sauf que la climatisation consomme de l’électricité, produite en partie par des centrales qui peinent déjà à se refroidir l’été. La boucle se referme sur elle-même !
Pourquoi la performance seule nous dessert
On nous a longtemps expliqué que « quand ça isole l’hiver, ça isole l’été ». Cet été l’a démenti, une fois de plus.
Isoler, c’est limiter le flux : l’hiver, ça se justifie. L’été, dehors, la chaleur est élevée, tout le temps, même la nuit : rien ne permet de la déphaser, et une isolation par l’extérieur bien faite peut empêcher la paroi d’évacuer la chaleur accumulée. Ce qu’il faut apprendre à faire, c’est gérer les flux dans les parois : empêcher la chaleur d’entrer, l’évacuer avant qu’elle soit dedans, ventiler les toits, et probablement, réaliser un doublage extérieur des murs au lieu de les isoler et ventiler l’espace ainsi ménagé en une paroi nouvelle légère et les murs extérieurs porteurs.
Un exemple mesuré chez nous, à Montreuil : un appartement transformé en studio, exposé au couchant. Le soir, après ventilation, descente de la température à 22,5-23 °C, très confortable. La nuit, fermeture des menuiseries pour se prémunir du bruit de la ville. Le matin, on mesure une température de 25,5 à 26 °C, alors que la canicule parisienne est terminée depuis deux à trois semaines. Pourquoi si long ? Parce qu’on compte sur l’air pour évacuer ce qui est dans la masse des parois intérieures et dans les dalles alors que l’air, à qui on a confié la gestion fine de la température, dispose à la fois d’une chaleur spécifique faible et d’une masse elle aussi très faible. Les murs, eux, représentent une masse en capacité de stockage importante, alors… : ils stockent, puis ils restituent pendant des jours, des semaines, la chaleur emmagasinée… et ainsi font remonter la température de l’air.
C’est ici que l’effusivité, la diffusivité et les échanges par rayonnement deviennent cruciaux, bien au-delà de ce qu’on nous en a dit. Le confort n’est pas qu’une affaire de température affichée sur un thermostat : on peut être confortable à moins de 19-20 °C l’hiver, et le rester l’été si les surfaces qui nous entourent ne rayonnent pas comme des radiateurs chauds.
La robustesse, une réponse possible
Une solution robuste, c’est une solution possible en toute circonstance, même avec un rendement moyen. C’est ce qui fait la différence quand les conditions se dégradent.
Quelques exemples. Le store occultant plutôt que le volet, quand les règles d’urbanisme interdisent le volet en façade. Former les occupants au bon usage des occultations, le geste le moins cher qui existe. Limiter les surfaces à rafraîchir : rafraîchir 100 ou 150 m² coûte infiniment plus cher que de créer des zones de repli où l’on se réfugie pendant les heures les plus chaudes. Et garder du végétal plutôt que du minéral et de la pelouse artificielle : en canicule, un terrain minéral est plus chaud qu’une herbe même morte, et tout ce qui réchauffe autour de la maison finit dedans.
Réduire le chauffage sans réduire le confort, on sait déjà le faire. Le confort d’été demande le même sérieux : ne plus dimensionner un habitat sur un hiver révolu, et penser hiver et été dès la première décision.
Stocker la chaleur de l’été pour l’hiver
(ce que je développe ci-après est encore dans ma tête à l’état de rêve et, peut-être, un jour, de projet).
Des bribes de ce process global sont déjà utilisées, nous l’avons relaté sur notre chaîne YouTube)
Ce rêve que je nourris depuis longtemps : stocker l’énergie sous forme de chaleur.
L’été, des panneaux solaires thermiques nous donnent de la chaleur, souvent trop, dont on ne sait quoi faire. On peut aussi imaginer une surproduction de panneaux photovoltaïques qui chaufferaient de l’eau via des résistances électriques.
L’idée : l’envoyer dans l’eau de cuves d’eau enterrées, puis laisser cette chaleur se diffuser dans le sol qui, par nature, représente une grosse masse et dispose de place, dessus, dessous, sur les côtés. L’eau est dotée d’une chaleur massique remarquable, et le sol se trouve, naturellement, aux environs de 12 °C à quelques mètres de profondeur. On pourrait ainsi faire monter sa température naturelle : une réserve de chaleur pour les périodes froides ou sans soleil !
L’hiver, on vient puiser dans cette réserve “tempérée” avec une pompe à chaleur, qui conserve alors une performance stable et tout à fait valable, sans géothermie profonde, sans forage coûteux, avec le terrain qu’on a déjà. On se dote ainsi d’une batterie thermique de long terme, là où les batteries du commerce travaillent sur des temps courts. Nous y travaillons chez Soigner l’Habitat, avec nos collègues : des vidéos et des articles suivront.
Où trouver de l’aide
Nous formons de plus en plus de professionnels à cette approche : architectes, maîtres d’œuvre, ingénieurs bâtiment, et même des thermiciens, qui ont bien raison de venir chercher ici un vent nouveau. Les acteurs que nous avons formés, dont ceux aujourd’hui appelés habitologues, lisent le bâtiment de façon globale : confort d’hiver et d’été, salubrité, pérennité, sans être expert d’un seul système. Pour faire évoluer votre habitat et sortir du piège de l’été dernier, vous pouvez consulter l’un d’eux, ou venir vous former vous-même.
Pour aller plus loin
- Canicules, pluies concentrées, sécheresses à répétition
- Les impacts du bouleversement climatique sur les habitats
- Confort thermique : comment gérer la chaleur d’été
- Le déphasage thermique, son fonctionnement et ce qu’il apporte
- Isolation par l’intérieur ou par l’extérieur
- Le rayonnement thermique
La vidéo complète (28 min) :