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  • Bâtiment : le monde, l’économie, l’environnement… tout change !
Le bâtiment face au changement climatique : des acteurs prisonniers des engrenages d’un modèle qui change

Climat, économie, ressources : le bâtiment entre dans une ère où tout change.

Ce sujet m’a été inspiré par une vidéo courte de Jacques Attali intitulée « Le monde du chaos ». Plutôt que décortiquer ce qu’il y développe, je vous en livre des extraits :

« Nous entrons dans un monde de chaos, il faut s’y préparer.

Traditionnellement quand on essaye de prévoir l’avenir on tire un trait prolongé d’une tendance…

…En réalité ce n’est plus du tout comme cela qu’il faut faire car nous n’allons pas dans une direction précise, ni vers le haut, ni vers le bas. Nous allons vers une situation où il y aura beaucoup d’écarts à chaque moment. On va passer de la moyenne à l’écart type… 

…En termes de température, on ne va pas pouvoir dire “la température sera de un ou deux ou trois degrés supérieurs à ce qu’elle est aujourd’hui”, il faudra dire “la température sera à certains moments de cinq degrés au dessus et à certains moments de cinq degrés en dessous de la moyenne”.

Et c’est vrai dans tous les domaines… avec des écarts de plus en plus énormes et de plus en plus fréquents »

Il s’agit là de l’évocation de ce que sera probablement le futur. Suit ce que devra probablement être le comportement pour tenir compte de ce changement de paradigme.

« Et une adaptation à l’avenir ce n’est pas une adaptation à des températures plus élevées, c’est s’adapter à des écarts de plus en plus importants. C’est s’adapter en créant des situations d’une solidité, d’une durabilité qui nous permet de résister à toutes les circonstances et pas simplement de s’adapter à des circonstances qu’on croit nouvelles, stables et durables.

Nous entrons dans un monde de chaos. Il faut se préparer, le chaos peut être une formidable occasion de réussir ! »

Paradigme ancien

Corne d’abondance débordant de petits cadeaux, symbole de la croissance perçue comme sans fin
L’ancien paradigme : une abondance que l’on croyait inépuisable.

Les évolutions climatiques étaient très lentes, laissant toute latitude d’adaptation tant pour les modes culturaux que pour les agréments qu’on pouvait en tirer, ce qui permettait de se projeter avec des probabilités d’erreurs somme toute assez faibles.

Sur les plans économiques et industriels il en allait un peu de même.

Les situations précédentes donnaient une tendance soit de stabilité, soit de hausse, soit de baisse.

Ces analyses se combinaient à des situations économiques, politiques et géopolitiques connues et, pour autant que ce soit possible, qu’on espérait maîtrisées.

Des découvertes ou progrès industriels, des acquis sociaux, une certaine forme de stabilité étant acquises, il était admis que les situations vécues dans les décennies précédentes pourraient, devraient se poursuivre dans le futur avec, possiblement et selon les tendances les plus récentes, des probabilités de hausse ou de baisse prévisibles et maîtrisées.

On parlait alors de plans quinquennaux… ces temps semblent malheureusement révolus !

Et le bâtiment, comment était-il géré ?

Forts des constats des décennies précédentes, des tendances climatiques, économiques, industrielles ou sociétales, on établissait des règles permettant d’aller vers des évolutions de facilité de gestion, de normes élaborées dans les ministères.

Graphique en barres avec flèche verte ascendante, croyance en une progression continue
La promesse d’une croissance qui ne devait jamais s’arrêter.

Économiquement la croissance semblait devoir être infinie et, surtout, la promesse de gains divers, facilement accessibles, encourageait à leur quête.

Les moyens financiers croissaient au fil des années et des générations, chaque nouvelle génération connaissant un « progrès », un « gain » par rapport à la précédente.

Rien ne semblait pouvoir arrêter cette marche en avant, cette quête de progrès social, de vie plus facile, ni les moyens financiers qui, si les besoins propres ne suffisaient pas, se voyaient complétés par des aides diverses, allant des avantages fiscaux aux subventions pour les plus démunis, sans oublier les prêts à taux zéro.

On a même vu des injonctions de faire pour celles et ceux qui, réticents à tout pensait-on, ne succombaient pas à cette tendance… on est allés jusqu’à oublier que si certains ne suivaient pas ces tendances c’est tout simplement car ils n’en avaient pas les moyens financiers.

Personne parmi les responsables de ces plans mirifiques ne semblait se souvenir que jamais les arbres ne poussent jusqu’au ciel et que tant va la cruche à l’eau qu’un jour elle se casse.

Les limites financières

Une injonction de faire, une réglementation contraignante, des sanctions de gestion ne génèrent pas des moyens financiers.

Les interdictions de location si certains travaux ne sont pas réalisés ne dotent pas les bailleurs de moyens financiers nouveaux, alors et faute de mieux, ils cessent de les louer pour ne pas tomber sous le coup de la loi.

Un homme tente d’attraper des billets qui s’envolent, symbole des limites financières
Les limites financières : l’argent qui s’envole quand les règles se durcissent.

Est advenu ce qui semblait inévitable : une carence grave, dramatique dans certains cas, de biens proposés à la location.

La raréfaction des ressources

Pour réaliser des travaux, il faut des matériaux, des systèmes nouveaux ou complémentaires qu’on installe, lesquels nécessitent des ressources.

Or les ressources sont soit d’origine renouvelable, donc limitées aux capacités de production de la planète, soit d’origine fossile, donc limitées aux réserves (finies) que la planète contient.

Les extractions, les raffinages, les transformations, les transports de ces ressources nécessitent de l’énergie, laquelle énergie est, elle aussi, d’origine renouvelable ou fossile, donc l’une et l’autre limitées selon les mêmes règles que ci-avant… mais là, je me répète !

Pompe à pétrole dans un paysage aride, symbole de la raréfaction des ressources fossiles
Des ressources fossiles limitées : la raréfaction fait monter les prix.

Tout ce qui se vend et s’achète étant soumis à la loi de l’offre et de la demande, les limites de disponibilité provoquent une hausse des prix, laquelle hausse accentue les limites financières… à nouveau je me répète !

Les méfaits des Gaz à effet de Serre et de la pollution

L’extraction, le raffinage, la transformation, les transports, l’installation de matériaux ou systèmes nouveaux ne sont possibles que grâce à l’utilisation d’énergie. Quel que soit le type d’énergie, tel que développé ci-avant, renouvelable ou fossile, engendre a minima l’émission de CO2, donc d’un Gaz à Effet de Serre (GES).

Toute émission de GES finit en partie, particulièrement le CO2, dans l’atmosphère !

Tout GES dans l’atmosphère accentue l’effet de serre et l’effet de serre est la cause principale, si ce n’est unique, des bouleversements climatiques actuels.

Fin du paradigme ancien !

Parachutiste en chute libre sans parachute ouvert, symbole du saut vers l’inconnu
Oser le saut : changer de paradigme, un saut sans parachute.

Sauf à être dans le déni, il n’y a plus aucun doute, c’est bien le paradigme ancien de consommation de ressources, particulièrement de pétrole, qui est à la base de nos déboires.

Et sans cette consommation d’énergie fossile, du « biberonnage au pétrole » comme le suggère souvent JM Jancovici, exit notre société actuelle de « no limit » dans la disponibilité des biens de consommation, depuis ce qui nous permet de faire le plein de nos véhicules jusqu’à ce qui remplit nos assiettes et, bien sûr, ce qui nous permet d’avoir un toit au-dessus de nos têtes selon les normes actuellement imposées.

Alors, agréable ou non, accepté ou non, il va nous falloir prendre des virages, vite, faute de quoi nous allons nous prendre le mur des limites en pleine tête et ce sera encore plus dur !

Nous entrons en zone inconnue, possiblement trouble, et, comme le souligne Jacques Attali en fin de vidéo, probablement même que nous entrons dans un monde de chaos… et le chaos n’est pas, en soi, un état synonyme de confort !

Que faut-il décider ?

Certains préfèreront continuer selon ce paradigme actuel, par envie d’en profiter encore, cela peut se comprendre ; par crainte de l’inconnu, je le comprends encore mieux !

Est-ce bien de continuer ainsi ?

Personne en tailleur les yeux bandés au bord d’une falaise, symbole du déni du danger
Faire l’autruche ne repousse pas le danger.

NON ! Car la peur n’évite pas le danger et faire l’autruche est probablement la plus sûre façon de se préparer un avenir très douloureux.

Cependant adhérer à un paradigme nouveau est-il une certitude de réussite, de passer ce cap difficile, de s’assurer un avenir radieux, de se préparer des jours heureux ?

Non, rien n’est certain mais entre l’espoir de poursuivre la route, entre saisir une possible chance de réussir et attendre avec certitude une fin triste, douloureuse, pour ma part je choisis l’espoir !

Est-ce simple, ce changement sera-t-il facile ?

NON ! Sortir d’une zone de certitude que l’on croyait sûre pour aller vers une forme d’inconnu n’est jamais simple. Ce changement important de direction est aussi loin d’être facile.

En effet cela implique de nombreuses évolutions, l’abandon de certitudes et le choix délibéré, en pleine conscience d’aller vers des chemins nouveaux, inconnus.

Cela impose de travailler à l’acquisition de nouvelles connaissances, à l’adoption de nouveaux comportements, à l’expérimentation inévitablement longue et complexe, de nouvelles façons de penser.

On s’expose à des risques de refus de la part de son client si on est professionnel, de la part de ses proches ou ses collègues si on est simplement un propriétaire envisageant des travaux chez soi. Toutes nos relations n’auront peut-être pas suivi la même évolution ou ayant, elles aussi, peur de cet avenir, de ces changements se feront possiblement l’avocat du diable.

N’oublions pas les oppositions de ceux qui, tel des moules sur leur rocher, ne veulent pas entendre parler de changement, voire refusent d’accepter les changements pourtant déjà largement en marche, ceci même si les négationnistes sont de plus en plus rares…

Est-ce pour autant qu’il ne faut pas y aller ?

Escalier de béton montant une colline verte, symbole du chemin d’adaptation pas à pas
Une évolution nécessaire : monter les marches, une à une.

NON, surtout pas ! En effet, il faut pouvoir se regarder dans la glace chaque matin, quelle qu’en soit la raison !

Et si vous avez lu jusqu’ici c’est probablement que, vous-mêmes, êtes dans le doute, dans le questionnement… alors soyez clair avec vous-même, avancez en conscience et en confiance.

Il ne s’agit pas de convaincre qui que ce soit, cette démarche étant généralement la moins sûre pour espérer un changement chez son interlocuteur, il faut forcément soi-même être dans ce qu’on croit être la vérité.

Il faut oser sauter et être conscient que c’est un saut sans parachute, on ne peut pas défendre ou vouloir une chose et son contraire !

C’est prendre le risque de discussions parfois âpres avec ses proches ou ses relations. Cependant si l’espoir de convaincre ne doit pas être votre moteur, celui de semer une graine est déjà fort louable et valorisant… le temps fera son œuvre, malheureusement aidé par les épreuves qui vont continuer à s’imposer à tous.

C’est prendre le risque de perdre un client… ou le gagner !

Oser c’est… peut-être gagner !

Les personnes qui doutent du paradigme ancien sont de plus en plus nombreuses, leurs peurs sont leurs principaux freins. Les aider à avancer et se préparer à l’avenir tel qu’il sera c’est les aider à dépasser ces craintes et c’est valorisant.

Une évolution est-elle nécessaire ?

Un paradigme répond à un environnement, des circonstances et s’établit sur des bases de développement prenant en compte les réalités du moment.

Tel que nous l’annonce ou le constate Jacques Attali, nous sommes passés, sur tous les plans, d’évolutions relativement prévisibles à des fluctuations fortes (donc de projections simples et à peu près certaines à des probabilités très inconfortables et aléatoires).

Peut-on perdurer sur des bases qui s’écroulent ?

Peut-on développer nos projets avec des attentes ou espoirs de même niveau, que ce soit sur l’aspect, sur les surfaces et/ou volumes, sur les attentes en termes de confort, de salubrité, de pérennité ?

Raisonnablement, non, nous ne le pouvons pas, nous ne le pouvons plus ! Ou alors le choc de l’évolution et de la prise en compte des situations et/ou conditions nouvelles seront très pénibles !

Conclusion

Nous venons de faire l’analyse de la situation, reconnaissons le, elle n’est pas glorieuse !

Nous pouvons le regretter, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas l’ignorer.

Il est donc nécessaire de se préparer à des évolutions et il nous semble nécessaire, avant d’en poser les contours, de faire le bilan des contraintes nouvelles, des limites atteintes, de ce dont nous disposerons.

Il sera alors possible de poser les bases d’un paradigme nouveau.

Pour aller plus loin

Claude Lefrançois


Après 30 ans dans le bâtiment, ancien charpentier, ancien constructeur, ancien maître d’œuvre, formateur dans le bâtiment, expert en analyse des bâtis anciens avant travaux, auteur de nombreux articles et d’un livre “Maison écologique : construire ou rénover” aux Ed. Terre vivante, auteur de 2 ebooks disponibles sur mon blog, je suis désormais retraité.
Je mets mon temps disponible et ma liberté d’expression à votre service : j’observe et j’analyse, au besoin je dénonce ou émet des idées.
Bonne lecture.

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